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Mark Gonzales — The Gonz, le poète qui a inventé le street skating
Il y a des skateurs qui roulent. Il y a des skateurs qui font des tricks. Et il y a Mark Gonzales, qui a pris un skateboard et réinventé ce qu’on pouvait faire avec dans une rue. Artiste, poète, visionnaire. The Gonz n’est pas une légende du skate. C’est le skate lui-même.
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Mark Gonzales
Pionnier du street skating moderne. Fondateur de Blind puis Krooked. Artiste, poète, élu skateur le plus influent de tous les temps par Transworld en 2011.
Le gamin de South Gate qui voyait les rues autrement
South Gate, Californie, début des années 80. Le skate, c’est des rampes, des pools vides, du vert. Les rues ? Personne n’y pense sérieusement. Personne sauf un gamin d’origine irlandaise et mexicaine qui regarde un trottoir et voit un terrain de jeu infini.
Mark Gonzales commence à skater à 13 ans. À 16, il fait la couverture de Thrasher. Pas un coup de chance. Un séisme. Le magazine qui définit le skate met en une un ado qui ne ressemble à rien de ce qu’on connaît. On est en novembre 1984, et le monde du skate ne le sait pas encore, mais il vient de changer de trajectoire.
En 1985, Vision Skateboards le passe pro. Il gagne le contest d’Oceanside la même année. Mais les contests, les podiums, les trophées — tout ça l’ennuie déjà. Ce qui l’intéresse, c’est dehors. Les curbs. Les escaliers. Les murs. Là où personne ne pose sa board.
L’Embarcadero, les handrails et la naissance du street
Été 1986, San Francisco. Embarcadero Plaza. Un gap entre deux murs de béton que personne n’a jamais regardé deux fois. Gonzales s’élance. Ollie. Il passe. Le spot s’appellera désormais le « Gonz Gap ». Son nom gravé dans le béton pour l’éternité.
La même année, avec Natas Kaupas, il devient l’un des premiers à skater des handrails. Pas des curbs. Des rampes d’escalier en métal. Ce truc que des millions de skateurs font aujourd’hui sans y penser ? Gonz et Natas l’ont inventé. Point.
En 1987, nouveau coup de tonnerre. Gonzales introduit le switch stance. Rouler en switch — pied opposé devant — c’est comme écrire de la main gauche quand on est droitier. Il le fait en contest. Ollies, 360s, tout en switch. Le jury ne comprend pas. Les riders si. Le skate vient de doubler son vocabulaire du jour au lendemain.

Video Days — la cassette qui a tout changé
1989. Gonzales quitte Vision et cofonde Blind Skateboards avec Steve Rocco. La marque est un doigt d’honneur au skate corporate. Le logo ? Un faucheuse. L’attitude ? Punk, brut, sans filtre.
Deux ans plus tard, en 1991, sort Video Days. Réalisé par un certain Spike Jonze — oui, le futur réalisateur de Dans la peau de John Malkovich et Her. La part de Gonzales ouvre sur Willy Wonka, roule sur du John Coltrane, traverse des parkings, des rues, des ditchs. Pas de montage épileptique. Pas de musique metal. Du jazz et de la poésie en mouvement.

Video Days est aujourd’hui considéré comme la vidéo de skate la plus importante jamais produite. Guy Mariano, Jason Lee, Rudy Johnson, Jordan Richter — le casting est dément. Mais c’est la part du Gonz qui a posé les fondations du skate vidéo moderne. Avant Video Days, les vidéos de skate montraient des tricks. Après, elles racontaient des histoires.
Krooked, l’art et le skate sans frontières
Le Gonz n’a jamais été juste un skateur. Depuis toujours, il dessine, il écrit, il peint. Ses boards chez Krooked sont des toiles. Ses poèmes sont publiés. Ses expos tournent dans le monde entier — la dernière en date, « Going To Love You » au HVW8 Gallery de Los Angeles en 2024, a confirmé son statut d’artiste majeur au-delà du skate.
En 2002, il fonde Krooked Skateboards avec Deluxe Distribution. La marque est à son image : décalée, artistique, libre. Les graphiques sont signés Gonz. Le team reflète sa philosophie — des riders qui skate pour le plaisir, pas pour les likes. Vingt-quatre ans plus tard, Krooked tourne toujours.
Son partenariat avec Adidas Skateboarding dure depuis plus d’une décennie. La Aloha Super, sa signature shoe, est devenue un classique. En 2025, des éditions limitées avec Independent Trucks portant ses illustrations ont rappelé que le Gonz reste au centre du jeu.
L’héritage du Gonz — pourquoi il compte encore
En décembre 2011, Transworld Skateboarding l’a élu skateur le plus influent de tous les temps. Devant Tony Hawk. Devant Rodney Mullen. Devant tout le monde. Ce n’est pas un titre honorifique. C’est un constat : sans Gonzales, le street skating tel qu’on le connaît n’existerait pas.
Chaque skateur qui ollie un gap dans la rue descend en ligne directe du Gonz. Chaque vidéo part qui raconte une histoire plutôt que d’empiler des tricks doit quelque chose à Video Days. Chaque marque fondée par un rider plutôt qu’un businessman suit le chemin que Blind et Krooked ont ouvert.
À 57 ans, Mark Gonzales roule toujours. Il dessine toujours. Il écrit toujours. Son dernier edit avec Spitfire à New York, sorti en 2025, le montre en session avec ses potes, bière à la main, tricks au coin de la rue. Pas de mise en scène. Pas de filtres. Du skate pur, comme au premier jour.
The Gonz n’a pas juste changé le skate. Il a prouvé que le skate pouvait être de l’art, de la poésie, une philosophie de vie. Et ça, personne d’autre ne l’avait fait avant lui.
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